Au-dela des clichés
“Aussi incroyable que cela puisse paraître, trois générations après l’arrivée des premiers immigrés portugais en France, on trouve encore le cliché du maçon moustachu appelé Manuel et de son épouse femme de ménage ou gardienne d’immeuble. Pour enfin parvenir à s’affirmer, la communauté portugaise avait sans doute besoin de participer plus activement à la vie civique du pays, garantie d’égalité des droits avec les nationaux. C’est en 2001, après le vote par la France, en 1997, d’une loi organique transposant une directive de l’Union européenne de 1994, que les Portugais, comme les ressortissants des autres Etats membres de l’UE, ont pu voter pour la première fois à des élections municipales et présenter leur candidature à des mandats municipaux [à l'exception de ceux de maire et maire adjoint]. C’est ainsi qu’il y a aujourd’hui près de 220 élus municipaux portugais en France, essentiellement issus des classes moyennes, et certains dans des villes aussi importantes que Bordeaux ou Limoges. “Il y a de tout, affirme António Monteiro, l’ambassadeur du Portugal en France. Du commerçant au professionnel libéral retraité ou à l’ancienne femme de ménage très investie dans le secteur associatif.“ L’ascension sociale est une constante de beaucoup de ces histoires. C’est le cas pour Ana de Oliveira-Pommet, 63 ans, élue depuis trois ans de la ville de Bordeaux. Elle est conseillère municipale en charge de la sécurité dans les établissements publics ; en tant qu’officier d’état civil, elle a également le pouvoir de marier les couples. Ana s’occupe également des relations internationales, et plus particulièrement avec la péninsule Ibérique. Il est difficile de deviner que le premier métier de cette femme aujourd’hui conseillère municipale fut celui de cuisinière. Elle est arrivée en France en 1960, à l’âge de 19 ans. Pendant un an, elle a travaillé comme cuisinière chez un industriel français fortuné dont l’épouse était portugaise. Elle a ensuite été vendeuse dans un magasin de chaussures, puis dactylo, jusqu’à ce qu’elle ouvre une pâtisserie-salon de thé dans le centre de Bordeaux. Après quelques années, Ana a vendu son commerce pour investir dans l’immobilier, s’assurant ainsi une rente lui permettant de vivre sans travailler. C’est à cette époque que le mouvement associatif portugais s’est développé en France, pour l’accueil et l’intégration des immigrés. Elle a alors créé plusieurs associations, parmi lesquelles Action Aquitaine Portugal, dont elle est aujourd’hui encore la présidente. “Beaucoup de gens, ici, sont à cheval entre deux mondes, explique Ana. Ils ont l’impression d’être des Portugais en France et des étrangers au Portugal. Ils ne se sentent pas vraiment bien ici, mais disent qu’ils ne le sont pas non plus là-bas. Jusqu’à 18 ans, mon fils n’a pas voulu parler portugais. Il ne se considérait pas comme Portugais. Ce n’était pas une image valorisante, parce qu’elle renvoyait à cette première génération de maçons et de femmes de ménage.” Une telle implication sur le plan social a fini par attirer l’attention du consul du Portugal et d’Alain Juppé, qu’il a invitée à intégrer sa liste aux dernières élections municipales.
Aníbal Almoster, 36 ans, préfère parler français, langue dans laquelle il se sent plus à l’aise. Ce comptable qui vit en France depuis l’âge de deux ans a épousé une Française et, à sa demande, leur petite fille possède la double nationalité. Conseiller municipal de la ville de Limoges, élu sur la liste des Verts, il est chargé des affaires culturelles, de la jeunesse et des finances. “Dieu sait” que ce n’est pas l’entourage familial qui a fait naître ce “virus” de la politique. A la maison, sans doute à cause du fantôme de Salazar [le dictateur qui dirigea le Portugal de 1932 à 1968], ses parents n’abordaient jamais ces sujets, comme par crainte d’avoir des histoires. Aujourd’hui encore, ils ne parlent pas de l’activité de leur fils… Aníbal a passé pratiquement toute sa vie en France mais se sent “Portugais de coeur”. “Quand il y a un match Portugal – France, mon coeur bat pour les quinas*“, avoue-t-il. Il va tous les ans au Portugal, mais reste réaliste : “Le fait de vivre en France me permet de m’épanouir professionnellement et politiquement.” Aníbal est le seul des enfants de la famille qui envisage de rentrer. Et bien qu’il souhaite transmettre les valeurs de la culture portugaise à sa fille, il a des doutes quant à la survie de la communauté lusophone en France : “Nous sommes de plus en plus français. Je le vois bien avec mes frères qui ont appelé leurs enfants Alain et Elodie. D’ici trente, quarante ans, je pense qu’il n’y aura plus de Portugais en France. Ce sera comme avec la communauté polonaise. Nous allons disparaître.”
Katya Delimbeuf – Expresso – 11/03/04
Bonjour, je découvre ce blog qui m’enchante… mais je ne suis pas d’accord avec cet article, qui date de 2004… ou alors en 7 ans, cela a beaucoup changé ! Les portugais sont de plus en plus amoureux de leur pays. Les luso-descendants sont même plus portugais que leurs parents, et les enfants des luso-descendants également. On donne de plus en plus de prénoms à consonance portugaise (fabio, tiago…). Et on ne louperais pour rien au monde les vacances au pays ; quitte à partir moins de temps pour tout de même se promener ailleurs. Je suis de la deuxième génération, et aussi de la première car je suis partie faire mes études la-bas et je suis revenue ici à 21 ans en ramenant un mari portugais. J’ai trois enfants qui sont fous du Portugal et qui parlent portugais. Une de mes cousines, dont le père ne voulait pas que ses enfants parlent le portugais, a appris le portugais jeune adulte pour ne pas se sentir exclue lorsqu’elle partait au Portugal, ses propres enfants ont pris le portugais en 2e langue… Non vraiment, les portugais vivant en France, se sentent portugais en général et n’oublient pas leurs racines, continuons, nous, adultes, à entretenir cette fierté du pays et transmettons leur notre culture.
Bem Haja !
Par Teresa de Lima le novembre 28, 2011
à 9:04